Les panneaux d’arrêt représentent un symbole omniprésent et reconnu de par le monde. Tout comme l’art conceptuel, ces panneaux éparpillés dans nos aires publiques expriment beaucoup avec peu de moyens. Le panneau d’arrêt est idiomatique, car il représente tellement plus qu’un simple signal; sa présence est un rappel constant des structures et systèmes qui sous-tendent notre société, et tout comme en Égypte ancienne, ces mêmes structures peuvent être déchiffrées par le biais de symboles. Paradoxalement, l’omniprésence de ces panneaux peut les rendre invisibles.

 

C’est par hasard que Maclean a élu le panneau d’arrêt comme véhicule d’expression artistique. Parmi ses premières œuvres inspirées de la route (vers 1999), plusieurs comprenaient des panneaux signalétiques. Maclean choisissait souvent de modifier le message du panneau, d’altérer son essence… On peut lire sur l’un d’entre eux « Somewhere quick… Hell Bent » (Vite, n’importe où… en route vers l’enfer). On peut y voir un éventail de flèches, pointant dans toutes les directions. Dès ses tout débuts, Maclean avait compris que les règles de l’avant-garde pouvaient s’avérer étouffantes; il choisit donc de suivre un autre chemin, le sien. Ce chemin le mena vers le panneau d’arrêt, et bien au-delà.

 

Lorsqu’on lui offrit enfin un véritable panneau d’arrêt à l’an 2000, ce cadeau le poussa naturellement vers l’utilisation des panneaux signalétiques comme matériau de base. Les panneaux d’arrêt A­_R_T (2000 à 2001), série pour laquelle il est reconnu, rappellent l’œuvre ready made « 50 cc d’air de Paris » de Marcel Duchamp (1919), ou encore la pelle signée par Duchamp (« En prévision du bras cassé », 1964) puisque son art ne reposait pas sur la fonction de l’objet mais plutôt sur une reconfiguration, une nouvelle définition ou un usage réinventé de l’objet, le transfigurant en œuvre d’art. En faisant passer les panneaux d’objet fonctionnel à objet d’art, l’utilitarisme poétique de Maclean s’avère un geste qui permet à l’art de traverser la frontière entre le monde de la culture et le simple quotidien. Cela à une époque où la distance entre l’auditoire et l’œuvre ne cesse d’augmenter… Nous le voyons clairement dans ce panneau octogonal aux bords bleus et orné de rectangles de la même couleur, le lettrage A R T disposé avec la même minutie que sur n’importe quel panneau signalétique. Le concept, l’ART lui-même, sont remis en question en tant que procédés dépassés, en grand besoin d’une cure de jouvence…

 

Hell Bent, 1999

Oil on masonite

18" x 24"

Maclean – le « Stop-Art » et autres signes des temps

 par John K. Grande

 2017 © ​Maclean

Curatorial Project:

L'Abstraction Now Montréal 2017